
Laurent
Un paysage sans oiseau, et pourtant un jardin en bas de l’abri. Les
jardiniers y arrivent quand le soleil commence à se coucher, sortent-ils
du travail comme aux temps passés ?
Enfermé dans une boîte avec un horizon limité, avec les bruits de la
ville, klaxons, sirènes de police, enfants et parents passant derrière
l’abri, fumée blanchâtre au loin dont on se demande d’où elle sort,
chauffage urbain, incinérateur, usine ?
Que peut-on récolter en cette mi-novembre : un ou une jardinière arrache
des grandes feuilles, épinards ? Le jardin sert aussi d’escale à une
joggeuse de noir vêtu cheveux compris : quoi est assorti à quoi ?
On ne remarque pas de signe de vie sur les balcons des immeubles de
logements. Il est vrai que la plupart des gens s’en servent de débarras,
on n’est pas dans le midi, on ne vit dehors que sur les terrasses de
bistrots et restaurants, ici.
Dans l’abri, je ne me sens ni isolé ni prisonnier. Simplement
observateur d’une heure de vie des centaines de personnes enfermées dans
les murs de l’immeuble de bureaux à gauche et de ceux de logements en
face.
Combien m’ont vu tenter de les observer, imaginer ce qu’ils font et
vivent ? Qui a observé qui ?