Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Julie

mercredi 19 novembre 2025 à 08 h 05

Le ciel est un tapis d’épais nuages blancs sales. De part et d’autre, deux che­mi­nées invi­si­bles, cachées der­rière les immeu­bles, cra­chent en continu un immense gana­che de vapeur blan­che. On dirait que c’est elle qui ali­mente la couche nua­geuse. Est ce que le ciel va pou­voir appa­raî­tre à un moment ? Devant moi, la ville est loin­taine, silen­cieuse, peu incar­née. Derrière, le gron­de­ment per­ma­nent de la cir­cu­la­tion sur la grande avenue. C’est ce bruit qui domine tout, faus­sant le silence des jar­dins pota­gers déserts qui s’étalent sous mes yeux. La bande sonore ne coïn­cide pas avec l’image. Personne ne vient jar­di­ner. Dommage. C’est trop tôt. Juste un chat. Sorti d’où ? I n’y a pas grand-monde qui passe. Des jau­geurs. Une femme avec une pous­sette. Une sil­houette auvent à capu­che blanc, que je suis lon­gue­ment des yeux. Trois ouvriers avec des cha­su­bles fluos. On est en pleine ville, pour­tant j’ai un fort sen­ti­ment de soli­tude. Cette vitre qui me sépare. Les immeu­bles trop loin pour y déce­ler une pré­sence autre que les fenê­tres qui s’allu­ment et s’éteignent peu à peu. Qui sont ces gens ? Que font-ils ? Quelles sont leurs habi­tu­des, leur rou­tine ? A quelle heure a sonné leur réveil ? Que pren­nent-ils au petit-déjeu­ner ? En quelle classe sont les enfants ? Rien pour le devi­ner... J’espère que, quel­que part, quelqu’un fait la grasse mati­née !
L’espace de quel­ques secondes, une trouée s’ouvre dans les nuages et laisse passer quel­ques rayons d’un soleil à peine levé, qui colore de rose les nuages autour. Un peu plus tard, quel­ques gout­tes de pluie vien­nent paille­ter la vitre de minis giclés d’eau, puis le ciel vire en quel­sued minu­tes du gris nua­geux au bleu pro­fond, et enfin au bleu clair. Je n’aurais jamais cru que le ciel pou­vait passer par toutes ces cou­leurs en si peu de temps.
La der­nière lumière s’est éteinte dans l’immeu­ble noir en face. Tout le monde est parti.
Bientôt, moi aussi.

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