
Johanna
Nous ne serons pas nombreux à nous souvenir du lever du soleil du 21 novembre 2025. Helios est bien fatiguée ce temps-ci. Mais, il s’est bel et bien levé quand même. Je m’en souviendrai car j’ai eu le privilège suprême de le voir, et d’avoir comme consigne de ne rien faire d’autre.
Au début, il n’est qu’une fine ligne gris clair derrière les immeubles des docks. Avec les gouttes de pluie sur la vitre, je ne vois plus grand-chose d’autre. Ce matin, même les tours de La Défense n’arriveront pas à percer les nuages.
Demain, le 22 novembre, marque les seize ans de la mort de mon père et j’ai pris pour habitude de faire quelque chose de vivant ce jour-là. Demain je ne pourrai pas car les enfants demandent que je sois avec eux, mais aujourd’hui j’ai la possibilité de ne rien faire.
Dans une boîte vide avec un radiateur pour mon confort et deux extincteurs pour ma survie, je regarde les immeubles construits dans le même but. Lentement la lumière se lève sur les têtes de choux dans les jardins ouvriers, toujours dans le même but. Les jeux de lumières qui tentent de rendre les bouchons sur les quais un peu, rien qu’un peu, plus soutenables.
Tout cela pour notre survie et notre confort, voilà sur quoi nous veillons.