
Gaspard
En arrivant au début dans la cabane-abri, j’avais peur de ressentir ça comme un moment d’enfermement pendant une longue heure, comme si j’entrais dans une cellule (une cellule extrêmement belle et confortable certes, même celle de Nicolas Sarkozy doit faire moins envie).
Pourtant, le temps est passé vite, et surtout, il est passé "d’une manière marrante", comme me l’avait dit mon accompagnateur avant la veille sans que je comprenne bien ce qu’il voulait dire d’une façon large et courte à la fois.
J’ai regardé un bref moment le côté rue puis je n’ai plus détaché les yeux du jardin et du point de chute à l’horizon (peut-être La Défense, je suis pas sûre) : des grattes-ciel qui se laissaient entrevoir au loin sur lesquels se reflétait le lever du soleil. J’ai eu le temps de me focaliser sur des détails : cet étrange cadre qui flottait virtuellement sur le jardin, reflet de l’encadrement lumineux au fond de la cabane-abri mouvant avec mes pas, je me suis amusé un moment à le déplacer dans tous les sens, comme pour créer différents tableaux de l’espace (est-ce le contour qui fait le tableau ?), les oiseaux de toutes les tailles et couleurs (perruches, pigeons, moineaux et d’autres que je suis incapable de nommer), deux ragondins courant dans les fourrés, des promeneurs se baladent, une voix au loin. J’ai aussi passé un bon moment à chanter, comme pour être moins seul. Quand je me suis arrêté, je me suis senti d’un coup ré-émerger dans le paysage de mes pensées.
J’ai été moins attentif que ce que je pensais, dans ce temps et cet espace dilatés, je prenais le temps de me perdre, de penser à autre chose, de diluer mon regard dans le lointain. Mais je suppose que c’est aussi cela l’expérience. En tout cas, de mon côté, cette heure qui ne pouvait se décompter m’a apporté une grande joie.