Témoignages

Année #3

Grand Parc de Saint-Ouen, du 15/12/24 au 15/12/25

Blaise

mardi 25 novembre 2025 à 16 h 01

J’entre dans la maison que va tem­­po­­rai­­re­­ment habi­­ter mon corps. Plusieurs minu­­tes s’écoulent avant que le voile qui est posé devant mes yeux se lève - ce n’est pas exac­­te­­ment que je vois flou, mais comme embué, ou assourdi par ce qui se passe au-dehors de moi. Comme si mon corps pen­­sait ne pas avoir le temps de pren­­dre le temps et de le regar­­der passer. Et puis d’abord je vois le vent, seule marque que tout n’est pas figé comme ces tours au fond qui me sont hos­­ti­­les. Je gigote comme les petits mou­­lins des jar­­dins et m’échappe sans y pren­­dre garde comme la fumée de l’usine d’en face. Je me rends compte petit à petit que je vois peut-être autant que je suis vu depuis les fenê­­tres des appar­­te­­ments, je m’ima­­gine me regar­­der der­­rière cha­­cune d’entre elles en me sen­­tant caché. Je me sens un peu bête de veiller sur une ville - une société - qui ne veille pas sur ses voi­­sins et se recro­­que­­ville chez soi. J’ai l’impres­­sion de tenir de toutes mes forces sur des cordes ancrées dans le sol qui retien­­nent les tours debout par contre­poids. Et puis je vois le gros nuage violet qui domine ce pay­­sage et sou­­dai­­ne­­ment le pay­­sage se vide com­­plè­­te­­ment pour deve­­nir une plaine ou des marais sans rien d’autre ni per­­sonne à l’hori­­zon que moi, les nuages au-dessus et le vent autour. Je pense tou­­jours au refuge comme celui dans lequel je suis, chaud et à l’abri de la pluie. Je com­­prends le sou­­la­­ge­­ment et le réconfort de l’homme qui se ras­­sem­­ble en trou­­peau et qui marche vers une petite maison au loin dont la fenê­­tre est allu­­mée : pour ne pas être seul. Le soleil perce le nuage et tout minus­­cule avion brillant nous vole au-dessus de la tête. Depuis cette fenê­­tre-là, nous serions une petite maquette fra­­gile sous le grand ciel. Je pense, enfin, que ce qui me cha­­grine dans la ville, ce n’est fina­­le­­ment pas les tours, mais les portes qui ne veu­­lent pas être ouver­­tes.

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